26 mars 2009
La place rouge était vide... Nathalie !
Depuis quelques jours, j'ai dans le dos, au bureau, une nouvelle collègue. Nathalie.
QUand je dis dans le dos, c'est que mon bureau est coupé en trois parties, elle étant dans la partie du milieu, alias l'aquarium, rapport aux parois vitrées et à l'absence de fenêtre. On met en général dans l'aquarium les stagiaires, sinon personne, parce que ce n'est pas un endroit très agréable.
Nathalie on l'a mise là parce qu'elle est au placard. Au placard dans l'aquarium, c'est tout un concept.
Nathalie a donc été placardisée car il s'avère que cette nouvelle recrue est totalement ingérable. Incohérente est plutôt le terme exact. C'est un petit cadeau que nous a fait notre ex directrice, alias la grosse salope de sa race, qui a engagé le cas social juste un mois avant de se barer manager du personnel dans un grand ministère, là où elle pourra exercer sa fourberie sur encore plus de personnes. Un poste à sa mesure en sorte... ou un bon exemple de "si je couche avec un énarque, ma carrière va progresser". Bingo !
Mais revenons à Nathalie.
Nathalie, après avoir montré une incapacité totale à mener à bien une quelconque mission, malgré, à mon avis, un QI plus que correct, a donc été placardisée. Dans ses faits d'armes les plus marquants, on peut compter en vrac, le paiement de subvention à des personnes qui n'en ont pas demandé, la déclaration du vol de sa voiture qu'elle avait juste garée une rue plus loin que d'habitude, des quinzaines de mails groupés à tout le service pour nous informer d'un sujet qu'elle juge vraiment très intéressant, tel que la fête des fleurs de trifouillis les oies ou la crise du petit pois en Namibie occidentale, et une des remarque les plus drôles que j'ai jamais entendue : "comment on plie un courrier pour que l'adresse apparaisse dans la fenêtre de l'enveloppe, je ne sais pas le faire"... c'est sans fin.
Nathalie a épuisé la patience de plusieurs collègues, pourtant compréhensifs. Nathalie quand elle se prend une remontrance par sa chef de service, elle lui dit en face "oh là là tu me fais rire". Et le lendemain Nathalie est arrêté pour deux, trois, quatre jours... le frère de Nathalie est médecin, c'est rudement pratique.
Nathalie se retrouve donc placardisée dans mon dos, car je tourne le dos à la porte et à la cloison vitrée sus-citée. Nathalie n'a plus rien à faire, Nathalie s'ennuie, Nathalie aime bien parler. Nathalie a 12 000 choses qui lui passent par la tête et qui ont besoin de sortir. Je suis la personne la plus proche, géographiquement, du bureau de Nathalie. Alors Nathalie me parle.
Petit florilège des conversations de la journée d'hier.
1 - "Tu aimes le chocolat ? Parce que ce week-end y a le salon du chocolat. Ah tu n'es pas là ce week-end ? Pourtant c'est pas cher, c'est seulement trois euros l'entrée pour les plus de dix ans".
2 - "Oh ben ça alors, on ne peut pas aller à la piscine ce soir, il y a un meeting". (Je précise que je ne vais pas à la piscine avec Nathalie, jamais).
3 - Je me retourne car je me sens observé à travers la cloison vitrée. Nathalie est debout en train de me regarder. " Je regarde si tu tapes avec les mains à l'envers". (stupeur). "Tu sais pas taper avec les mains à l'envers ? Y a des gens qui savent marcher les pieds à l'envers, c'est très drôle, c'est un don je crois. Tu ne sais pas faire ça ?".
4 - Je suis en train d'expliquer à ma gentille stagiaire comment elle doit faire pour calculer le volume de bâchée et la lame d'eau générée sur un filtre à sable. C'est technique. Nathalie se lève et vient se coller à la stagiaire pour écouter ce que je raconte. "Tu utilises tous les jours une calculatrice scientifique ? Ben oui Nathalie, ça fait partie de mon métier tu sais. Oh là là mais c'est drôlement technique, je ne comprends rien à ce que tu racontes depuis tout à l'heure. Par exemple, tu es sur que le mot "bâchée" existe ? Parce que j'ai cherché dans le dictionnaire et ça veut dire "terme africain pour désigner un camion dont l'arrière est recouvert d'une bâche".
5 - "Tiens on parlait de salon tout à l'heure, tu sais que c'est drôlement cher les salons. Par exemple le SIFEL à Agen, c'était plus cher que le salon de l'agriculture. Si si crois moi, 15 euros pour le SIFEL contre 13 euros pour le salon de l'agriculture. Enfin de toute façon ils laissent entréer n'importe qui, j'y suis allé une demi heure avant la fermeture et ils m'ont donné une place, avec le badge et tout hein, si si j'te jure, comme une invitée"
6 - Parlant à ma stagiaire, devant moi : "Tu en as de la chance d'avoir un maître de stage comme Frédéric hein. Tu as vu comme il est beau sur la photo du journal ? Ah et puis il est drôlement intelligent, et c'est un très bon gestionnaire en plus. Tu trouves pas qu'il est bon à marier ?" Là la stagiaire, un peu mal à l'aise, m'a lancé un gros "SOS" du regard...
7 - "Je vais voir mon kiné tout à l'heure. Oui j'ai des douleurs et des vertiges, il me dit que j'ai une mauvaise posture au travail. Avant j'avais un bon fauteuil, mais il bascule en arrière maintenant, je crois qu'il est cassé. Enfin mon kiné il était furax j'ai annulé plein de rendez-vous, hi hi hi. Bon ben c'est l'heure je m'en vais, je vais chez le coiffeur".
Voilà, c'était une après-midi dans le cerveau de Nathalie. Les différents sujets abordés arrivent comme ça d'un coup, sans préavis, sans préambule, quoique je sois en train de faire. Et me laissent sans voix...
Comme Nathalie est au placard, le service a recruté une remplaçante pour assurer le secrétariat de la direction. Elle s'appelle Patricia.
Au bout d'une semaine, Patricia, qui se révèle fragile psychologiquement, trouve le boulot un peu trop dur et demande à se mettre en mi-temps thérapeutique. Patricia est hystériquement de bonne humeur, elle hurle "bonjour" le matin, en te claquant une bise énergique et nous parle comme si elle était sous ecsta en permanence.
Il reste un peu de place, derrière moi, dans l'aquarium...
07:30 Publié dans J'ai bien du malheur | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : bureau, collègue, incohérence, j'ai un peu peur



